Coliques du cheval — reconnaître les premiers signes et quand appeler le vétérinaire

Par Dr. Karel Anseeuw · 2026-04-29 · 🕒 9 min de lecture
Coliques du cheval — reconnaître les premiers signes et quand appeler le vétérinaire
Coliques du cheval : les premiers signes et la décision vétérinaire en urgence
Appelez immédiatement le vétérinaire équin de garde si votre cheval ne peut rester en place, se roule violemment, présente une distension abdominale marquée ou si la douleur ne cède pas après 30 minutes. Les coliques sont une urgence vétérinaire — le délai tue.
Antigifcentrum belge : 0800 73 20 (si ingestion suspecte). Ne donnez jamais de Buscopan ou de Flunixin sans prescription vétérinaire — cela masque les symptômes et retarde le diagnostic chirurgical si nécessaire.

# Coliques du cheval — reconnaître les premiers signes et quand appeler le vétérinaire

Introduction et mécanisme pathophysiologique

Les coliques constituent la première urgence abdominale chez le cheval et demeurent la cause principale de mortalité non traumatique dans l'espèce équine. En Belgique, on estime qu'environ 10 à 12 pour cent des chevaux présenteront au moins un épisode de coliques au cours de leur vie. Ce terme générique ne désigne pas une maladie unique, mais bien un syndrome douloureux abdominal dont les origines peuvent être extrêmement variées.

Le système digestif du cheval présente plusieurs particularités anatomiques qui le prédisposent aux coliques. Son estomac, relativement petit par rapport à sa taille corporelle (environ 15 litres), ne peut se vider que par le transit vers l'intestin grêle — le cheval est physiologiquement incapable de vomir. L'intestin grêle mesure environ 22 mètres et le gros intestin, avec ses différentes courbures et rétrécissements, atteint 8 mètres. Ces zones de transition anatomique constituent autant de points de fragilité où une obstruction peut survenir.

La pathophysiologie des coliques repose sur plusieurs mécanismes fondamentaux :

  • La distension gazeuse ou liquidienne d'un segment intestinal
  • L'ischémie de la paroi intestinale par torsion, volvulus ou thrombose vasculaire
  • Le spasme de la musculature lisse intestinale
  • L'obstruction mécanique par un corps étranger, une impaction ou un déplacement

Chacun de ces mécanismes déclenche une stimulation des récepteurs nociceptifs viscéraux, provoquant la douleur caractéristique que le propriétaire observe sous forme de signes comportementaux typiques.

Évaluation et triage — symptômes et gravité

La reconnaissance précoce des signes de coliques permet une intervention rapide et améliore considérablement le pronostic. Les manifestations cliniques varient selon l'intensité de la douleur et le mécanisme sous-jacent.

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Signes cliniques selon le degré de gravité

DegréSignes comportementauxParamètres vitauxUrgence
LégerRegard vers les flancs, grattage du sol, agitation modéréeFC 36-44 bpm, muqueuses roses, TRC inférieur à 2 secSurveillance active
ModéréCoucher/lever répétés, roulement partiel, sudation légère, diminution du transitFC 44-60 bpm, muqueuses rose foncé, TRC 2-3 secAppel vétérinaire recommandé
SévèreRoulement violent, sudation profuse, décubitus prolongé, gémissementsFC supérieure à 60 bpm, muqueuses congestives ou cyanosées, TRC supérieur à 3 secUrgence absolue
CritiqueProstration, tremblements, absence de réponse aux stimuli, état de chocFC supérieure à 80 bpm, muqueuses blanchâtres ou violacées, extrémités froidesPronostic réservé à sombre

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Paramètres à évaluer soi-même

Tout propriétaire de cheval devrait savoir mesurer les constantes de base de son animal. Voici les valeurs normales de référence :

ParamètreValeur normaleComment mesurer
Fréquence cardiaque28-40 bpmStéthoscope sous le coude gauche ou palpation de l'artère faciale
Fréquence respiratoire8-16 rpmObservation des mouvements du flanc
Température rectale37,2
  • 38,2 degres C | Thermomètre digital rectal |
Temps de remplissage capillaireInférieur à 2 secondesPression digitale sur la gencive supérieure
Bruits intestinauxPrésents aux 4 quadrantsOreille ou stéthoscope contre le flanc
Couleur des muqueusesRose saumonRelever la lèvre supérieure
Attention : l'absence totale de bruits intestinaux (iléus complet) constitue un signe d'alarme majeur qui nécessite une intervention vétérinaire immédiate, même si le cheval ne semble que modérément douloureux.

Premiers soins à domicile — ce que le propriétaire peut faire

En attendant l'arrivée du vétérinaire, certaines mesures peuvent être prises pour stabiliser le cheval et éviter l'aggravation de la situation.

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Mesures immédiates

Premièrement, retirer toute nourriture. Le cheval ne doit plus avoir accès au foin, aux concentrés ni à l'herbe. L'eau peut être laissée à disposition sauf avis contraire du vétérinaire.

Deuxièmement, placer le cheval dans un espace sécurisé. Un box suffisamment grand ou un paddock clôturé sans obstacles dangereux convient. Si le cheval se roule violemment, un espace plus vaste est préférable pour éviter qu'il ne se coince contre un mur.

Troisièmement, marcher le cheval. Une marche en main calme et régulière peut aider à relancer le transit dans les cas de coliques spasmodiques légères. Toutefois, ne forcez jamais un cheval épuisé à marcher — cela ne fait qu'aggraver sa détresse.

Quatrièmement, observer et noter. Chronométrez les épisodes de douleur, notez la production de crottins (quantité, consistance, présence de mucus ou de sang), la présence ou l'absence de gaz, et tout comportement anormal. Ces informations seront précieuses pour le vétérinaire.

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Ce qu'il ne faut surtout pas faire

  • Ne jamais administrer de médicament sans avis vétérinaire, notamment les anti-inflammatoires non stéroïdiens qui peuvent masquer une aggravation
  • Ne pas tenter de sonder le cheval soi-même
  • Ne pas administrer d'huile par voie orale sans prescription — le risque de fausse déglutition est réel
  • Ne pas attendre en espérant que la situation se résolve d'elle-même si les signes persistent plus de 30 minutes
Important : en Belgique, la législation interdit l'administration de médicaments vétérinaires soumis à prescription par des personnes non habilitées. Seuls les anti-inflammatoires prescrits au préalable dans le cadre d'un protocole convenu avec votre vétérinaire traitant peuvent être administrés en première intention.

Quand consulter le vétérinaire de garde — critères précis

La décision d'appeler le vétérinaire de garde ne doit pas être retardée. En pratique équine belge, les critères d'appel sont clairement définis dans les protocoles actuels.

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Appel immédiat requis dans les situations suivantes

  • Douleur persistante au-delà de 30 minutes malgré la marche en main
  • Fréquence cardiaque supérieure à 50 battements par minute
  • Muqueuses anormalement rouges, pâles ou violacées
  • Absence totale de bruits intestinaux
  • Sudation importante sans effort physique préalable
  • Reflux gastrique spontané par les naseaux
  • Température rectale supérieure à 39 degres ou inférieure à 36,5 degres
  • Distension abdominale visible
  • Cheval qui se roule de manière incontrôlable

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Organisation des gardes vétérinaires en Belgique

En Belgique, le système de garde vétérinaire est organisé par les cercles vétérinaires régionaux. Pour trouver le vétérinaire de garde dans votre région, plusieurs ressources existent :

RessourceContactDisponibilité
Ordre des Vétérinaires (francophone)orv.beAnnuaire et informations déontologiques
Dierenartsenbestand (néerlandophone)ddb.beRecherche de vétérinaires par région
Cliniques universitaires de Liège04 366 41 00Urgences 24h/24
Clinique universitaire de Gand09 264 75 55Urgences 24h/24
Centre antipoisons (si intoxication suspectée)070 245 24524h/24
En cas de suspicion d'intoxication par ingestion de plantes toxiques (if, érable sycomore, séneçon), contactez immédiatement votre vétérinaire et le Centre Antipoisons au 070 245
  1. Pour les animaux, l'Antigifcentrum est également joignable au 0800 73 20.

Traitement vétérinaire — ce que fait le praticien

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Examen clinique approfondi

Le vétérinaire procède à un examen systématique comprenant l'auscultation des quatre quadrants abdominaux, la palpation transrectale (essentielle pour identifier un déplacement ou une impaction), le sondage naso-gastrique pour vérifier la présence de reflux, et la paracentèse abdominale si nécessaire.

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Traitements médicaux courants

Type de coliqueTraitement de première intentionPronostic
SpasmodiqueAntispasmodiques (butylscopolamine), AINS (flunixine méglumine)Excellent
Impaction du gros côlonLaxatifs par sonde (sulfate de magnésium, paraffine liquide), perfusion intraveineuseBon à très bon
Tympanisme caecalTrocarisation ou sondage, prokinétiquesBon
Déplacement du côlonTentative de repositionnement (roulement sous anesthésie) ou chirurgieRéservé à bon selon la durée
Torsion/volvulusChirurgie d'urgence (laparotomie exploratrice)Réservé à sombre

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Critères de référence chirurgicale

En Belgique, les chevaux nécessitant une chirurgie abdominale sont référés vers les cliniques universitaires (Faculté de Médecine Vétérinaire de Liège ou Faculteit Diergeneeskunde de Gand) ou vers des cliniques privées spécialisées disposant d'un bloc opératoire équin. Les critères de référence incluent :

  • Douleur incontrôlable malgré l'analgésie
  • Reflux gastrique abondant et persistant
  • Palpation transrectale évocatrice d'un déplacement ou d'une torsion
  • Liquide péritonéal séro-hémorragique
  • Détérioration progressive des paramètres cardiovasculaires

Le transport vers une clinique de référence doit être organisé rapidement. Le temps constitue le facteur pronostique le plus déterminant dans les coliques chirurgicales.

Cas clinique — une jument à Waremme

En mars 2024, une jument Selle Français de 14 ans, hébergée dans une écurie à Waremme (province de Liège), a présenté des signes de coliques en début de soirée. La propriétaire a constaté vers 19 heures que la jument grattait le sol, se regardait les flancs et se couchait de manière répétée.

Appliquant les gestes de premiers soins, elle a retiré le foin du box et tenté de marcher la jument en main. Après 20 minutes sans amélioration, elle a contacté le vétérinaire de garde de son cercle vétérinaire. En attendant l'arrivée du praticien, elle a relevé une fréquence cardiaque de 56 battements par minute et des muqueuses rose foncé.

Le vétérinaire, arrivé 35 minutes plus tard, a procédé à l'examen complet. La palpation transrectale a révélé une distension importante du caecum et du côlon dorsal droit. Le sondage naso-gastrique n'a pas montré de reflux significatif. Le diagnostic posé était une impaction du côlon dorsal droit, probablement liée à un changement récent de foin (passage d'un foin de prairie à un foin de luzerne très sec) combiné à une consommation d'eau insuffisante lors d'une période de gel.

Le traitement a consisté en l'administration de flunixine méglumine en intraveineuse pour le contrôle de la douleur, suivie d'une perfusion de 10 litres de solution de Ringer lactate et de l'administration par sonde naso-gastrique de 6 litres d'eau tiède additionnée de sulfate de magnésium. La jument a été revue le lendemain matin : le transit avait repris, avec émission de crottins ramollis. La guérison complète a été obtenue en 48 heures.

Ce cas illustre l'importance d'une réaction rapide du propriétaire et d'une prise en charge vétérinaire dans l'heure suivant l'apparition des symptômes.

Prévention — conseils pratiques pour le quotidien

La prévention des coliques repose sur une gestion rigoureuse de l'alimentation, de l'abreuvement et du mode de vie du cheval.

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Alimentation

  • Distribuer le fourrage en plusieurs repas par jour (minimum 3 distributions) pour respecter le comportement alimentaire continu du cheval
  • Tout changement alimentaire doit être progressif, sur une période minimale de 10 à 14 jours
  • Limiter les concentrés à maximum 2 kilogrammes par repas pour un cheval de 500 kg
  • Privilégier un foin de bonne qualité, non poussiéreux et non moisi
  • Vermifuger selon un programme raisonné basé sur des coproscopies régulières (protocole recommandé par les universités belges)

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Abreuvement

  • Garantir un accès permanent à une eau propre et tempérée (un cheval boit 25 à 50 litres par jour)
  • En hiver, vérifier quotidiennement que les abreuvoirs ne sont pas gelés — les systèmes antigel sont vivement recommandés dans nos régions
  • Après un effort intense, laisser le cheval boire par petites quantités à intervalles réguliers

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Gestion et environnement

  • Favoriser le mouvement : un cheval au pré ou en paddock présente moins de risques qu'un cheval en box permanent
  • Réduire le stress : les changements d'écurie, les transports et les modifications de groupe social constituent des facteurs de risque documentés
  • Soins dentaires annuels : une mastication inadéquate favorise les impactions
  • Surveillance accrue lors des périodes à risque : changements météorologiques brutaux, périodes de gel, transitions alimentaires saisonnières

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Facteurs de risque spécifiques au climat belge

SaisonRisque principalMesure préventive
AutomneIngestion de glands, feuilles d'érable sycomoreClôturer les zones à risque, ramasser les fruits
HiverDéshydrat

Questions fréquentes (FAQ)

Mon cheval gratte le sol et regarde ses flancs — est-ce forcément des coliques ?

Ces signes sont classiques de coliques mais peuvent aussi indiquer une irritation cutanée ou un inconfort musculaire. Si ce comportement se répète, que le cheval refuse de manger, transpire ou urine peu, traitez comme des coliques. Prenez le pouls, auscultez les bruits digestifs et appelez votre vétérinaire si les signes persistent 20-30 minutes.

Dois-je faire marcher mon cheval pendant des coliques ?

La marche peut aider pour les coliques légères spasmodiques (stimule le transit). Mais : arrêtez si le cheval tente de se rouler violemment (risque de torsion intestinale), si la douleur s'intensifie, ou si le cheval est épuisé. Ne forcez jamais un cheval en détresse à marcher — appelez votre vétérinaire.

Comment prendre le pouls de mon cheval ?

Placez deux doigts sous la mâchoire inférieure (artère faciale) ou à l'intérieur du coude (artère brachiale). La fréquence normale est de 28-44 battements/minute au repos. >60/min est alarment, >80/min est une urgence chirurgicale possible. Pouls faible + douleur intense = choc circulatoire.

Les sons digestifs normaux du cheval — comment les évaluer ?

Utilisez un stéthoscope ou collez votre oreille aux flancs. Un cheval sain produit 4-6 sons intestinaux par minute dans chaque quadrant. L'absence totale de sons (iléus) ou des sons très intenses et métalliques (gaz en excès) sont tous deux préoccupants. Consultez votre vétérinaire.

Quand les coliques nécessitent-elles une chirurgie ?

Environ 5-10% des coliques nécessitent une chirurgie. Indices : douleur sévère non contrôlée, distension abdominale progressive, absence de sons digestifs, reflux gastrique abondant au sondage, détérioration malgré traitement. La décision appartient au vétérinaire. Chaque heure de délai réduit les chances de survie chirurgicale.

Puis-je prévenir les coliques chez mon cheval ?

Plusieurs mesures réduisent le risque : alimentation fractionnée (3+ repas/jour), accès permanent à l'eau propre et fraîche, transition alimentaire progressive, foin de qualité constant, déparasitage régulier, exercice régulier et éviter les changements brusques d'alimentation. Consultez votre vétérinaire équin pour un programme de prévention personnalisé.

Avertissement : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas un avis vétérinaire professionnel. En cas d'urgence, consultez immédiatement votre vétérinaire de garde. L'Ordre des Vétérinaires de Belgique (orv.be) peut vous orienter vers un praticien agréé. Antigifcentrum : 0800 73 20 (gratuit, 24h/24).

Articles connexes

Sources et références

Ordre des Vétérinaires de Belgique · Antigifcentrum belge (0800 73 20) · Dierenartsen Dienst België