# Convulsions et épilepsie chez le chien et le chat — que faire lors d'une crise ?
Introduction et mécanisme pathophysiologique
Les convulsions comptent parmi les urgences neurologiques les plus fréquentes et les plus impressionnantes en médecine vétérinaire. Qu'il s'agisse d'un chien qui s'effondre soudainement en pédalant des quatre pattes ou d'un chat qui présente des mouvements faciaux anormaux et involontaires, ces épisodes provoquent une angoisse considérable chez les propriétaires. Comprendre le mécanisme sous-jacent permet toutefois de mieux réagir et de prendre les bonnes décisions au bon moment.
Une convulsion résulte d'une décharge électrique excessive, synchronisée et anormale d'un groupe de neurones dans le cortex cérébral. En temps normal, l'activité cérébrale repose sur un équilibre subtil entre neurotransmetteurs excitateurs (principalement le glutamate) et inhibiteurs (principalement l'acide gamma-aminobutyrique ou GABA). Lorsque cet équilibre se rompt en faveur de l'excitation, une cascade de dépolarisations neuronales incontrôlées se déclenche, provoquant les manifestations cliniques que l'on observe.
Il est essentiel de distinguer deux concepts fondamentaux. L'épilepsie idiopathique (ou primaire) est une maladie chronique d'origine génétique, sans lésion cérébrale structurelle identifiable, qui constitue la cause la plus fréquente de convulsions chez le chien entre un et cinq ans. Les convulsions symptomatiques, quant à elles, sont secondaires à une cause identifiable : intoxication, tumeur cérébrale, encéphalite, trouble métabolique (hypoglycémie, insuffisance hépatique, hypocalcémie), traumatisme crânien ou maladie infectieuse.
Chez le chat, l'épilepsie idiopathique est nettement moins courante que chez le chien. Les convulsions félines sont plus souvent liées à des causes structurelles (méningiome, péritonite infectieuse féline, encéphalopathie hépatique) ou métaboliques, ce qui rend le bilan étiologique d'autant plus important.
Évaluation et triage : reconnaître les symptômes et évaluer la gravité
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Types de crises convulsives
Les crises convulsives se présentent sous différentes formes, dont la reconnaissance conditionne la prise en charge.
| Type de crise | Description clinique | Espèce la plus concernée |
|---|---|---|
| Crise généralisée tonico-clonique | Perte de conscience, rigidité musculaire (phase tonique) suivie de mouvements saccadés des membres (phase clonique), salivation, miction et défécation involontaires | Chien et chat |
| Crise focale (partielle) | Mouvements involontaires d'une partie du corps (face, un membre), mâchonnements, clignements, comportement anormal sans perte de conscience complète | Chat surtout |
| Crise focale avec généralisation secondaire | Début focal évoluant vers une crise généralisée | Chien et chat |
| Status epilepticus | Crise continue de plus de cinq minutes ou crises répétées sans retour à la conscience entre les épisodes | Chien et chat |
| Crises en grappe (cluster) | Deux crises ou plus dans un intervalle de vingt-quatre heures avec récupération de la conscience entre les épisodes | Chien surtout |
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Phases d'une crise convulsive
Chaque épisode convulsif se déroule classiquement en trois phases :
- Phase prodromale (pré-ictale) : durant les minutes à heures précédant la crise, l'animal peut montrer de l'agitation, de l'anxiété, un comportement de recherche de contact ou, au contraire, un isolement inhabituel. Certains propriétaires expérimentés apprennent à reconnaître ces signes avant-coureurs.
- Phase ictale : la crise elle-même, durant généralement de trente secondes à deux minutes. L'animal perd conscience, tombe sur le flanc, présente des contractions musculaires, une salivation abondante, parfois une cyanose des muqueuses.
- Phase post-ictale : après la crise, l'animal peut rester désorienté, ataxique, temporairement aveugle, excessivement affamé ou assoiffé pendant quelques minutes à plusieurs heures. Cette phase est normale et ne doit pas être confondue avec une nouvelle crise.
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Échelle de gravité
| Niveau de gravité | Critères | Action requise |
|---|---|---|
| Faible | Crise unique de moins de deux minutes, récupération complète en trente minutes, première occurrence | Surveillance attentive, consultation vétérinaire programmée dans les jours suivants |
| Modéré | Deux crises en vingt-quatre heures, ou crise chez un animal non épileptique connu, ou récupération post-ictale prolongée | Consultation vétérinaire dans les heures qui suivent |
| Élevé | Crise de plus de cinq minutes, crises en grappe, suspicion d'intoxication, animal diabétique ou sous traitement | Urgence vétérinaire immédiate |
| Critique | Status epilepticus, détresse respiratoire, hyperthermie sévère, traumatisme associé | Urgence vitale — vétérinaire de garde sans délai |
Premiers soins à domicile : ce que vous pouvez faire
Assister à une crise convulsive de son animal est une expérience éprouvante. Pourtant, votre rôle durant ces instants est déterminant. Voici les gestes à poser et les erreurs à éviter absolument.
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Ce qu'il faut faire
- Garder son calme. Votre animal est inconscient durant la crise et ne souffre pas à proprement parler.
- Sécuriser l'environnement. Éloignez les meubles, objets tranchants ou lourds susceptibles de blesser l'animal. Si la crise survient près d'un escalier, empêchez la chute en plaçant un coussin ou une couverture.
- Éteindre la télévision, la radio et les lumières vives. Réduisez au maximum les stimulations sensorielles.
- Ne pas tenter de maintenir l'animal. Toute contention physique risque de provoquer des blessures, tant pour vous que pour lui.
- Chronométrer la crise. Cette information est capitale pour le vétérinaire. Utilisez le chronomètre de votre téléphone dès le début des convulsions.
- Filmer si possible. Une vidéo de la crise est un outil diagnostique extrêmement précieux, car le vétérinaire voit rarement la crise en direct.
- Noter les circonstances. Heure, durée, comportement avant et après, alimentation récente, accès éventuel à des substances toxiques.
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En cas de suspicion d'intoxication
Si vous suspectez que votre animal a ingéré une substance toxique (antigel, métaldéhyde contenu dans les granulés anti-limaces, chocolat, xylitol, rodenticides, médicaments humains), contactez immédiatement le Centre Antipoisons belge au 0800 73 20 (appel gratuit, 24 heures sur 24) et rendez-vous chez le vétérinaire de garde avec l'emballage du produit suspecté.
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Administration de diazépam rectal
Pour les animaux épileptiques connus et sous suivi vétérinaire, le praticien peut prescrire du diazépam en solution rectale à administrer à domicile en cas de crise prolongée (au-delà de deux minutes) ou de crises en grappe. Le protocole standard prévoit une dose de 0,5 à 1 mg/kg par voie intrarectale. Ce traitement d'urgence ne remplace en aucun cas la consultation vétérinaire, mais permet de gagner un temps précieux durant le transport.
Quand consulter le vétérinaire de garde : critères précis
En Belgique, le réseau de garde vétérinaire est organisé par province et par région. Vous pouvez trouver le vétérinaire de garde le plus proche via les canaux suivants :
| Ressource | Coordonnées |
|---|---|
| Ordre des Vétérinaires (francophone) | orv.be |
| Dierenartsen DataBank (néerlandophone) | ddb.be |
| Centre Antipoisons | 0800 73 20 (gratuit, 24h/24) |
| Urgences générales | 112 (pour orientation si nécessaire) |
Une première crise convulsive isolée, même brève, justifie toujours une consultation vétérinaire dans les jours qui suivent, afin d'initier un bilan diagnostique et d'exclure une cause sous-jacente potentiellement grave.
Cas clinique : Balou, berger australien de quatre ans, Namur
Balou, un berger australien mâle castré de quatre ans, est présenté un samedi soir à 22 heures au service de garde vétérinaire de la région namuroise. Sa propriétaire rapporte qu'il a présenté trois crises convulsives généralisées en l'espace de quatre heures, la dernière ayant duré environ trois minutes. Elle a filmé la deuxième crise avec son téléphone et a chronométré la troisième.
L'examen clinique révèle un animal en phase post-ictale avancée : il est désorienté, ataxique, mais ses paramètres vitaux sont stables (température rectale de 39,4 degrés Celsius, fréquence cardiaque de 110 battements par minute, muqueuses roses). L'examen neurologique interictique montre une légère diminution de la réponse de menace bilatérale, compatible avec la phase post-ictale.
Un bilan sanguin complet (hématologie, biochimie incluant glycémie, urée, créatinine, enzymes hépatiques, acides biliaires, calcium ionisé et ammoniémie) est réalisé en urgence et revient dans les normes. Le test rapide de dépistage de la néosporose est négatif.
Compte tenu des crises en grappe, un traitement d'urgence par diazépam intraveineux (0,5 mg/kg) est administré, suivi d'une perfusion continue de diazépam. Un traitement antiépileptique de fond au phénobarbital (2,5 mg/kg deux fois par jour par voie orale) est initié. Balou est hospitalisé pour la nuit sous surveillance.
Le lundi suivant, une IRM cérébrale réalisée dans un centre de référence confirme l'absence de lésion structurelle. Le diagnostic d'épilepsie idiopathique est posé. Trois mois plus tard, sous phénobarbital avec des taux sériques contrôlés à 25 microgrammes par millilitre, Balou n'a plus présenté de crise. Un suivi semestriel incluant dosage sérique du phénobarbital et bilan hépatique est programmé.
Traitement vétérinaire : ce que fait le praticien
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Prise en charge d'urgence
Lorsqu'un animal en crise arrive au cabinet de garde, le protocole d'urgence belge actuel (2025) suit une approche par paliers :
| Palier | Médicament | Dose | Voie | Remarques |
|---|---|---|---|---|
| Premier palier | Diazépam | 0,5-1 mg/kg | Intraveineuse ou intrarectale | Peut être répété deux fois à intervalles de cinq minutes |
| Deuxième palier | Lévétiracétam | 30-60 mg/kg | Intraveineuse lente | Bonne tolérance, peu d'effets hépatiques |
| Troisième palier | Phénobarbital | 2-4 mg/kg par dose, jusqu'à 24 mg/kg sur 24 heures | Intraveineuse lente | Surveillance de la dépression respiratoire |
| Quatrième palier (status réfractaire) | Propofol en perfusion continue | 0,1-0,6 mg/kg/minute | Intraveineuse | Nécessite intubation et ventilation assistée, référence en soins intensifs |
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Bilan diagnostique
Après stabilisation, le vétérinaire procède à un bilan étiologique systématique :
- Anamnèse détaillée (âge d'apparition, fréquence, durée, circonstances, accès à des toxiques, antécédents familiaux)
- Examen neurologique complet interictique
- Bilan sanguin et urinaire complet
- Dosage des acides biliaires pré
- et postprandiaux (exclusion d'un shunt portosystémique)
- Sérologies infectieuses selon le contexte (Neospora, Toxoplasma, virus de la maladie de Carré, PIF chez le chat)
- Imagerie cérébrale avancée (IRM) et analyse du liquide cérébrospinal dans les cas où une cause structurelle est suspectée
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Traitement antiépileptique de fond
Pour l'épilepsie idiopathique, un traitement de fond est généralement instauré lorsque l'animal présente plus d'une crise tous les six mois, lors de crises en grappe, lors de status epilepticus ou lorsque la sévérité des crises augmente.
| Molécule | Espèce | Dose usuelle | Fréquence | Particularités |
|---|---|---|---|---|
| Phénobarbital | Chien et chat | 2-3 mg/kg | Deux fois par jour | Référence historique, suivi hépatique obligatoire, substance réglementée en Belgique |
| Imépitoine | Chien uniquement | 10-30 mg/kg | Deux fois par jour | Autorisé en première intention en Europe, moins d'effets secondaires hépatiques |
| Lévétiracétam | Chien et chat | 20-60 mg/kg | Trois fois par jour (deux fois pour la forme à libération prolongée) | Excellente tolérance, utile en association |
| Bromure de potassium | Chien uniquement | 20-40 mg/kg | Une fois par jour | Contre-indiqué chez le chat (pneumopathie), longue demi-vie, ajustement lent |
Questions fréquentes (FAQ)
Mon chien fait une crise convulsive — dois-je mettre quelque chose dans sa gueule ?
Non, jamais. Contrairement à la croyance populaire, les animaux ne peuvent pas avaler leur langue. Mettre vos doigts ou un objet dans la gueule risque de vous blesser gravement et de stresser l'animal. Laissez la crise se passer, protégez l'animal des heurts.
Comment distinguer une vraie crise convulsive d'une syncope ou d'un spasme musculaire ?
Une vraie crise convulsive implique : mouvements involontaires des 4 membres (pédalage), perte de conscience, salivation abondante, miction/défécation involontaire, durée 1-3 minutes. La syncope est plus brève (secondes), avec récupération rapide. Consultez dans les deux cas.
Mon chien épileptique a fait une crise mais il est déjà traité. Dois-je appeler le vétérinaire ?
Oui si : la crise dure >5 minutes, il y a 2+ crises en 24h, ou si la récupération est anormalement longue. Si c'est une crise isolée courte (<3 min) avec récupération normale, notez-la et contactez votre vétérinaire habituel le lendemain.
La crise dure depuis 8 minutes — que faire en attendant le vétérinaire ?
C'est un état de mal épileptique, une urgence absolue. Appelez votre vétérinaire de garde maintenant (ddb.be). Si votre vétérinaire vous a prescrit du diazépam rectal d'urgence, administrez-le selon ses instructions. Gardez l'animal dans une pièce fraîche et sombre.
Mon chien vient de faire sa première crise. Est-ce nécessairement de l'épilepsie ?
Pas forcément. Une première crise peut être causée par une hypoglycémie, une intoxication, un traumatisme crânien, une tumeur, une infection, ou un trouble métabolique (insuffisance rénale/hépatique). Toute première crise nécessite une consultation vétérinaire urgente avec bilan sanguin.
Les races prédisposées à l'épilepsie en Belgique — quelles sont-elles ?
Les races les plus touchées : Border Collie, Berger belge Malinois, Labrador, Golden Retriever, Beagle, Berger allemand, Boxer, Dalmatien. Chez le chat, c'est plus rare. Si vous avez une de ces races et observez des épisodes suspects, parlez-en à votre vétérinaire.
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Sources et références
Ordre des Vétérinaires de Belgique · Antigifcentrum belge (0800 73 20) · Dierenartsen Dienst België
